Mes très chers amis,
A force de machinations machiavéliques, votre serviteur a enfin réussi à grimper un échelon de cette fameuse échelle sociale et chose incroyable : j’arrive à m’occuper toute la journée autrement qu’en surfant. Alors que je bullais royalement il y a encore quelques mois, maintenant je tourne dans les bureaux pour mettre des taquets à qui lèveraient les yeux de son écran pendant ma petite tournée d’inspection. Je vous résume le plus beau coup de ma toute jeune carrière d’emmerdeur professionnel :
Moi : - Vanessa, qu’est-ce que c’est que ce Bordel ?
Elle me regarde interrogative et effrayée de ses petits yeux porcins.
Moi : - je t’ai dit 10 fois de me refaire mes tableaux de bords, il y a au moins 10.000 fautes d’orthographe dans les titres. (je lui avais fait une remarque alors qu’elle partait en vacances).
Elle baisse les yeux en s’excusant
Moi : - Tu te fous de ma gueule ? Il va dire quoi le boss quand je vais lui montrer ça ? J’ai une réunion avec lui dans 30min ! Tu veux me faire virer, c’est ça ?
Elle se met à sangloter en me disant qu’elle est désolée.
Moi : - Qui m’a donné du personnel aussi incompétent ?!? Reprends-toi, tu ne pourras pas dire que tu n’as pas été prévenue. Dépêche-toi de refaire les tableaux au lieu de rester là à pleurer comme un veau.
J’étais assez fier de moi, Vanessa est l’une de mes têtes de turques préférées. Elle a soufflé ses 45 bougies il y a peu et porte les stigmates de deux grossesses consécutives et d’une
consommation abusive de nounours à la guimauve… J’adore hurler sur les gros d’abord parce qu’ils sont laids et grotesques et ensuite parce qu’ils deviennent tout rouge et qu’on voit de petites
gouttelettes de sueur perler sur leur front. Hurlez sur un gros porc, c’est très amusant, vous verrez. Des années de quolibets à l’école les ont conditionné, ils de baissent les yeux au quart de
tour. Je recommande à tous les managers de prendre au moins un gros dans leur équipe ça permet d’éviter de se faire accuser de discrimination et ça resserre les liens du reste de l’équipe.
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Plus le temps
avance plus j’arrive à me convaincre que je me suis irrémédiablement éloigné de ma condition première d’être humain. Suis-je un ersatz de méduse échouée sur la terre ferme au milieu d’un banc de
sardine? Je me demande parfois.
La vie est douce ces temps-ci, je
n’ai plus rien à faire au boulot… Mon brave stagiaire s’active dans tous les sens pendant que je bulle tranquillement.
Je commence véritablement à acquérir
de véritables compétences de management : je donne des ordres tout en m’attribuant le travail d’autrui avec une sagacité certaine, à commencer par les rapports.
Mes très chers amis, je vous le contais dans un de mes derniers billet : je
viens de faire l’acquisition d’un nouveau stagiaire. Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi un homme pour m’épauler dans ma lourde mission. Je ne suis pas devenu soudainement homosexuel mais j’ai
décidé de changer de stratégie, je n’avais de toute façon pas le choix : le fait est que la seule candidate attirante m’avait avoué être maman. L’ayant assuré que cela ne posait aucun problème je
m’empressais de ne pas la recontacter.
Pour se débarrasser de ses concurrents, il faut découvrir leur point faible
et toujours viser là où ça fait mal. C’est en tout cas la théorie que j’applique au quotidien. Je vous ai déjà parlé de
Sophie mon
ancienne secrétaire est partie, disons plutôt qu'on ne l'a pas gardée. C'est peut-être une coïncidence mais c'est juste après mon rendez-vous avec la nouvelle RH que cette décision a été
prise.
La clé du succès quand on est une ordure opportuniste comme moi c’est avant tout de se tenir toujours au
courant. Il faut en permanence connaître les projets qui tiennent à cœur aux chefs et connaître le positionnement de ses ennemis (enfin ses collègues). L’opportuniste peut ainsi s’incruster
n’importe où, comme si de rien n’était.
Ma stagiaire Virginie a bientôt fini son stage, plus que deux jours et
elle sera de retour chez elle, dans le sud. Comme prévu, elle a bien du mal à suivre la charge que je lui ai imposée. Elle est d’ailleurs venue pleurnicher la semaine dernière, en me racontant
tous ces problèmes de transport et de fatigue… 1h30 matin et soir tout de même ! Je lui ai alors sorti ma botte secrète :
Faire naître des amitiés
totalement artificielles a toujours fait partie intégrante de ma stratégie, mais il faut bien entendu cibler et évaluer le temps perdu à sociabiliser par rapport aux gains éventuelles. C’est dans
cette optique que je veux depuis longtemps me rapprocher d’un directeur de ma boîte et peut-être devenir son poulain. Le directeur de mon service avait tout du candidat idéal : solitaire, assez
haut dans la hiérarchie (3 échelons au dessus de moi tout de même), sans être le calife des califes inatteignable.