Par Blue Bottle

Plus le temps
avance plus j’arrive à me convaincre que je me suis irrémédiablement éloigné de ma condition première d’être humain. Suis-je un ersatz de méduse échouée sur la terre ferme au milieu d’un banc de
sardine? Je me demande parfois.
J’étais hier avec un collègue en train de me diriger vers un pub improbable histoire de le cuisiner un peu pour qu’il lâche de l’info quand nous croisâmes une petite gosse qui faisait de la
trottinette à vive allure. Cette sale mioche tomba à 2 mètres de nous, une chute assez violente, à vu de nez, sa tête avait même heurté le sol, voilà pour la description du tableau.
En voyant cette scène j’eus immédiatement un petit rire automatique, cet enfant était si grotesque allongé dans le caniveau, les mains ensanglantées… Mais voilà qu’en un éclair mon collègue se jeta
sur elle pour le prendre dans ses bras et vérifier qu’il n’avait rien. Comment pouvait-il ramasser cette morveuse alors qu’il avait un costard Armani sur le dos? La réponse était pourtant évidente
: il était humain. Quant à moi, j’ai l’outrecuidance de croire que j’ai réussi à me débarrasser de cette tare depuis bien longtemps, à l’adolescence, par hasard, un peu comme une pucelle perd son
hymen sur la banquette arrière d’une 205 kid.
Un spectateur aurait pu voir que je riais et que je n’avais aucune compassion pour la gosse, j’en ai encore froid dans le dos. C’est dans ce genre de cas extrêmes que je suis vulnérable, il me
fallut bien 30 secondes pour comprendre et faire semblant de m’intéresser à la vie de la gamine. Je suis dépourvu de ces automatismes, mes réseaux neuronaux ne s’affolent pas particulièrement
lorsque je vois la souffrance d’autrui. Plus de peur que de mal pour le petit, moi, j’étais horrifié par la saleté de cet enfant morveux, suant et saignant. Devant une telle déchéance, un tel
manque de savoir vivre, je me dis qu’on devrait vraiment autoriser l’avortement sur les fœtus de moins de 10 ans.
Bien heureusement, mon collègue ne vit rien de mon dégoût et je pus lui payer deux bonnes grosses pintes pour délier sa langue. Après tant d’émotions, il fut très prolixe et me décrivit sans fausse
pudeur tous les projets de son service.
Malheureusement,c'est irréversible, je vous conseille de vous entrainer à simuler "la compassion ",car les autres,les gens, pourraient détecter votre absence de sentiments.
C'est comme pour une blague pas drôle racontée par votre N+1,il vous faut rire tout de même !
Courage !
Vous n'êtes pas seul : je vous comprend.
La marmaille bruyante et grouillante d'autrui,rien de pire pour nos pauvres nerfs!